En apprenant que sa grand-mère avait fait un malaise et que ses tantes allaient bientôt la placer dans une maison de repos, Jade avait pris sa voiture et s'était rendue chez sa grand-mère.
Et voilà, à 30 ans Jade enlevait sa mamoune des griffes de ses tantes et la ramenait chez elle sur Paris. Quelle drôle d'idée ! Quelques mois plus tôt, elle avait rompu avec Julien car elle trouvait que sa vie était devenue trop monotone et voici qu'elle emménageait avec une vieille femme !
Et ses tantes, qu'allaient-elles dire ? N'était-ce pas insensé ? Jade saurait-elle vivre avec sa mamoune ? Et si elle faisait un malaise, comment réagir ? Et sa grand-mère n'allait-elle pas l'étouffer avec ses manies de vieille femme ?
Jade ne savait pas encore que cette grand-mère était pleine de surprises et l'emmènerait vers des chemins encore inconnus pour elle ...
Voici un roman qui a su me parler d'emblée.
Ces deux femmes unies par les liens du sang qui se retrouvent et se découvrent m'ont charmée du début à la fin. Quelle belle complicité entre elles !
Même si Jade est une journaliste pour un magazine féminin, son jardin secret l'emmènerait davantage sur le terrain de l'écriture longue. Elle a d'ailleurs écrit un livre. Malheureusement, après avoir envoyé son manuscrit à de nombreux éditeurs, elle a essuyé plusieurs refus. Lorsque sa grand-mère apprend les déconvenues de sa petite-fille, elle lui propose de l'aider.
Jade est perplexe, elle qui pensait tout connaître de sa grand-mère, de ses habitudes de vie
et de son doux parfum de violette et de rose -fragrance qui sera toujours celle de sa grand-mère-, elle est étonnée
quand sa mamoune lui propose de l'aider en relisant son manuscrit.
Comment une vieille femme de la campagne pourrait-elle l'aider à être publiée ? Mais Jade ne sait pas encore que derrière cette vieille femme se cache une lectrice acharnée.
Aux liens du sang s'ajoute alors une complicité sans faille.
Qui aide l'autre ? Est-ce Jade qui a permis à sa mamoune d'échapper à la maison médicalisée ou sa grand-mère qui finalement apporte à la jeune femme une aide inestimable dans sa vie ?
La double narration de ce roman permet de s'attacher aux deux femmes. Chaque chapitre donne à tour de rôle la parole à Jade et à sa grand-mère et montre leur point de vue respectif.
Jade est une jeune femme un peu perdue depuis sa rupture avec Julien : même si son travail de journaliste lui plaît, elle a le sentiment de ne pas être à sa place, de ne pas avoir une vie épanouie. L'arrivée de la grand-mère, avec ses bons petits plats et sa façon de voir la vie lui redonneront le courage nécessaire pour s'envoler vers une vie dont elle aura les rênes. Une vie qu'elle ne subira pas.
Quant au personnage de Jeanne, la grand-mère de Jade, sa façon de voir la vie m'a donné le sourire plus d'une fois car elle n'était pas d'une génération qui se lamentait ou avait des états d'âme à toutes les heures de la journée. Cette femme qui toute sa vie a caché sa passion pour la lecture est vraiment touchante.
Oui, j'avoue m'être projetée dans ce roman. Même si ma grand-mère ne vit pas sous le même toit que moi, j'ai pour elle une tendresse infinie. C'est toujours vers elle que je me tourne dans les moments difficiles. En une phrase, elle sait me remettre sur le bon chemin. Et j'ai retrouvé cet amour dans ce récit.
Finalement la relation touchante qui unit ces deux femmes, ce joli tricot de la vie qu'elles tissent ensemble, m'a permis de passer outre certaines faiblesses de l'intrigue car certaines rencontres ou certaines situations me semblent être trop parfaites pour être vraies. Mais au diable la vraisemblance ! Ce qui importe ici, c'est l'émotion qui se dégage de cette histoire. Oui, j'avoue (encore une fois) avoir été complètement bouleversée par l'épilogue. C'est une fin qui me suivra longtemps et qui me permettra, je pense, de suivre davantage mon instinct que ma raison.
Un livre qui nous pousse à aimer le défi que la vie nous propose chaque jour et à l'accepter.
Je vous mets ici les nombreuses petites phrases que j'ai aimées (c'est donc un livre aux multiples cornes que je mettrai dans ma berg'bibli) :
- J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en a jamais rien su pendant toute notre vie commune.
Mes mains furent les compagnes de mon âme, les artisans des rêves accomplis, le fantôme des corps arrachés, des blessures restées ouvertes. Ce sont elles qui se posaient sur ta peau, Jean. Elles ont recueilli mes pleurs après ton départ. Alors que je te parle en cet instant, c'est la première fois que je sens mes yeux secs. Depuis trois ans je n'ai jamais pensé à toi sans verser une larme. En venant me chercher cette petite ne savait pas quels miracles allaient s'accomplir. Bonnes ou mauvaises, les conséquences de nos actes sont toujours des mystères.
Quand je lis, je n'ai plus d'âge, je suis à temps dans la vie des personnages, j'épouse, me sépare, je trahis aussi, ou je me trompe. Jeune, quand il m'arrivait de lire une épopée, je vieillissais avec les héros en traversant avec eux les turpitudes de la vie. Aujourd'hui je remonte le temps avec eux, je rajeunis, mais, nourrie de mon expérience, je perçois les écueils, je sais les pièges dans lesquels ils se précipitent.
Et un dernier extrait car je serais capable d'en citer bien d'autres encore : On peut passer sa vie à ne voir que l'écume sans jamais plonger dans les profondeurs qui président aux mouvements de la surface mais dans un vrai livre on n'a pas le choix. Il est d'une traite cette nage en surface, ces descentes dans les grands fonds, ombre et lumière en alternance et jusqu'à l'essoufflement.
Et quand arrive la vieillesse : pourquoi faut-il toujours en venir à réclamer la permission d'exister à ses enfants ?
Collection Un endroit où aller chez Actes Sud, 391p, 21 €
Clarabel dit que c'est un livre ensorcelant qui ne nous quitte plus, Martine écrit que ce livre est un merveilleux messager qui nous parle avec réussite des liens que tissent deux générations, Marie nous invite à le lire sans tarder, Cuné trouve que l'écriture et l'univers de l'auteur sont nimbés de scintillements, Laure a elle aussi été renversée par la fin, Anne a suivi le même cheminement que moi : c'est en lisant l'épilogue que les petits bémols éprouvés au cours du récit se sont éteints d'eux-mêmes. Même les hommes aiment ce roman : l'avis de Michel.